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SAVOIR ACCOMPAGNER UNE MERE QUI DONNE LE SEIN,B.Chauvière-T.Ahlborg


SAVOIR ACCOMPAGNER UNE MERE QUI DONNE LE SEIN
B.Chauvière, sage-femme, Wattrelos, France
T.Ahlborg, sage-femme, Orebro, Suède




Béatrice CHAUVIÈRE présente le film« NAÎTRE TOUT SIMPLEMENT" » en précisant qu'on ne peut avoir un allaitement naturel dans une naissance artificielle

Savoir accompagner une mère qui donne le sein est très important, mais ce n'est qu'une étape ponctuelle dans un processus physiologique qui a débuté au minimum neuf mois plus tôt.

Le lait maternel est plus qu'un aliment, il véhicule toute une histoire. Mon propos d'aujourd'hui limitera «l'histoire » au temps de la grossesse, de l'accouchement et des suites de couches. C'est sur cette période que, nous, professionnels de santé, nous intervenons. « L'allaitement maternel est le prolongement normal de la grossesse, il fait partie intégrante de lu naissance ».

Mais qu'avons-nous fait de la naissance ?

 Aujourd'hui 95 % des accouchements sont médicalisés.

Depuis 10 ans les pourcentages de déclenchements, de péridurales, d'épisiotomies, de césariennes sont en constante augmentation.

Sans discernement, nous appliquons des protocoles pour toutes les mamans. Sans discernement, nous accueillons les bébés de la même façon, qu'ils soient malades ou en pleine forme.

Ces pratiques de la salle d'accouchement, de la maternité, ne permettent pas que s'établisse spontanément le geste instinctif de la mise au sein.

Comment pratiquer un allaitement naturel dans une naissance artificielle?

En écoutant les mamans en consultations prénatales, pendant les cours de préparation, nous nous sommes aperçus qu'accueillir des parents, un nouveau-né, ne pouvait en aucun cas se réduire à une routine médicale.

A être trop technique, nous avons amené les mamans à perdre confiance en elle, à douter de leur compétence à porter  un enfant, à le faire naître simplement, à le nourrir, à le prendre en charge après la naissance.

Nous, professionnels de santé, devons revoir notre conduite vis-à-vis de l'allaitement. Plus globalement, nous devons repenser l'environnement de la naissance. Les actes médicaux que nous pratiquons systématiquement doiventêtre revus et analysés en équipe. Il faut faire le tri entre les gestes nécessaires et les routines superflues et enfin, chaque fois que possible, ne pas intervenir, s'effacer et respecter le processus physiologique.

En conclusion, savoir accompagner une maman qui donne le sein, c'est d'abord, et avant tout, savoir accompagner des parents, pendant la grossesse, l'accouchement, les suites de couches, et reconnaître leur compétence, leur capacité à être parents.

Alors seulement, l'allaitement "coulera de source" pour les parents comme pour les soignants et l'accompagnement sera plus simple.

Tout ce qui vient d'être dit n'est jamais que ce qui est recommandé :

~ par l'OMS dans « La charte de la parturiente »,
~ par l'UNICEF dans «Les dix conditions pour le succès de l'allaitement maternel ».

Dans chaque maternité, nous devrions reprendre ces textes de référence et travailler chaque point. C'est ce que nous essayons de faire depuis quelques années dans notre équipe. Auxiliaires, sages-femmes, obstétriciens, pédiatres, continuent ensemble à réfléchir et modifier leur façon de travailler.

La vidéo "Naitre tout simplement" est le reflet de l'action que nous avons menée. Elle n'est qu'une ébauche de ce qui est réalisable. Nous aimerions aller encore plus loin.

Tone AHLBORG présente une étude réalisée auprès des mères en Suède, leur demandant comment elles avaient vécu l'allaitement à l'hôpital et à la maison.

La méthodologie est un questionnaire donné à toutes les mères qui restaient quelques temps au département maternel après l'accouchement (Septembre/Octobre 1991). Cela faisait 324 mères. 89 % ont répondu. Ce qui fait 287 mères.

La plupart (85 %) des mères ont donné le sein dans les deux heures qui ont suivi la naissance. Il y a plusieurs avantages à allaiter tôt après l'accouchement. Les avantages pour l'enfant sont: les réflexes de chercher (fouissement), sucer, attraper. Les réflexes sont développés très tôt chez le

bébé normal qui est « vif» les deux premières heures après l'accouchement. Alors, le début de ]' allaitement peut réussir.

Le colostrum donne nourriture et protection contre les infections.

Des hormones gastro-intestinales font que le péristaltisme commence, ]' estomac devient mature et ]' enfant se calme. Même après le contact peau contre peau, des hormones gastro-intestinales sont produites. On gagne ainsi satisfaction et plaisir du contact.

Pour les mères, il y a aussi plusieurs avantages à allaiter tôt après la naissance: la connaissance de la capacité de sucer de l'enfant, la mère est aussi plus « vive» juste après l'accouchement, la production de lait commence et il y a moins de risques d'avoir des seins très gonflés, l'utérus se contracte et les parents peuvent sentir satisfaction et plaisir du contact.

En ce qui concerne les bébés:

Un tiers des bébés de l'étude ont reçu le biberon en supplément à l'hôpital. Ma recherche a montré avec des statistiques évidentes que les bébés qui avaient reçu le biberon de complément n'ont pas continué à prendre le sein aussi bien et aussi longtemps que les autres.

Aujourd'hui, en 1994, c'est 5 à 10 % des bébés qui reçoivent des compléments avec une cuillère ou une tasse au lieu du biberon. Les techniques de succion sont tout à fait différentes. Quand le bébé prend le sein lui-même, il ouvre sa bouche largement et met sa langue bien sous le mamelon. Tout le maxillaire travaille quand il suce. Mais quand il prend le biberon il ouvre sa bouche un peu, met la langue autour de la tétine et travaille avec les joues. C'est plus facile mais fatiguant si on ne fait pas des pauses en donnant le biberon. Au sein, l'enfant fait lui-même des pauses et ainsi, le pouls et la respiration restent calmes. En tout cas un enfant devient facilement« gâté »par le biberon et après il ne veut plus prendre le sein car il doit « travailler » beaucoup pour presser le lait du sein puisque c'est une technique différente.

Pour le bébé, c'est aussi la confusion entre la tétine et le sein. L'allaitement réussit moins bien, sauf si l'enfant suce très bien déjà depuis plus de deux semaines et s'il prend la tétine moins de deux heures par jour.

Comment les mères se sentaient-elles traitées par les professionnels de santé?

La plupart se sentaient bien respectées. Il est important que les professionnels de santé demandent aux mères, leurs désirs, leurs espérances pour leur allaitement, afin de pouvoir les aider et les informer individuellement. Il est primordial que les parents soient bien informés, déjà, pendant la grossesse, des avantages de l'allaitement pour le bébé.

La sage-femme peut les informer individuellement au premier trimestre. Elle doit écouter les expériences et les pensées des mères et lever les inquiétudes éventuelles pour l'allaitement. La sage-femme doit préparer les femmes contre des attitudes et préjugés communs autour de l'allaitement et fortifier leur confiance de pouvoir nourrir leur bébé par leur lait.

En groupe, avec les parents, au second ou troisième trimestre, elle peut discuter des attitudes et aspects culturels autour de]' allaitement. Elle doit informer des avantages de ]' allai-tement et des avantages d'allaiter tôt après l' accouchement. On peut parler de la capacité du bébé nouveau-né à téter dès sa naissance et expliquer le réflexe d'éjection du lait et surtout le rôle du père pendant l'allaitement.

Les avantages de donner le lait de la mère sont :

Le lait est fait pour le bébé. Il contient des protéines qui ne sont pas étrangères pour le foie et les reins du bébé. Le lait passe vite dans l'estomac du bébé: pas de risque de constipation ni de risque de donner trop ou trop souvent. Le lait contient plusieurs sortes de produits biologiques qui protègent contre les infections et contre l'allergie. Donner les seins est aussi pratique et bon marché.

Comment résoudre les problèmes de l'allaitement?

Un exemple: on peut éditer une brochure, expliquant les raisons des problèmes et les mesures pour les résoudre. Cela complète les explications de la sage-femme quand elle apporte l'information et le soutien aux parents.

Trois des mères de l'étude sentaient que les pères étaient contre l'allaitement. Le père peut se sentir jaloux quand la mère donne le sein, s'il ne trouve pas son rôle spécifique qui est de consoler le bébé et soutenir la mère. Si le père est informé des avantages de l'allaitement, il peut aider et soutenir sa femme. Le rôle du père pendant l'allaitement est peut-être difficile à trouver. Mais il est unique pour consoler le bébé car: il ne sent pas le lait! Il a normalement un pouls plus calme que la mère et une voix plus grave.

Il doit s'unir au bébé, peau contre peau, et prendre plaisir à cette sensation. Alors il reçoit et donne de la tendresse et se sent bien émotionnellement. Peut-être, alors, peutil mieux accepter que sa femme ne soit pas si préoccupée sexuellement les premières semaines après l' accouchement.


mise à jour 2009 - pour en savoir plus  

http://site.voila.fr/AssocLENVOL/index.jhtml






17/07/2009
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