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SUIVI GLOBAL DE LA MATERNITÉ (1) - la médicalisation

LE SUIVI GLOBAL DE LA MATERNITÉ  (1)

1 - DE LA RELATION A L'INTER-RELATION



statue de la mère et son enfant sur une place à Ouagadougou au Burkina Faso


   
Non seulement là mère mais un ensemble de personnes sont concernées par la mise au monde  d'un enfant : la mère, la père, l'enfant, les frères et soeurs, les grands parents, toute la famille et les amis.  On a là un "ensemble de relations" que l'on ne peut résoudre à un suivi médical.

    Pour la mère, nous entendons souvent dire que la maternité est un passage à travers son propre corps avec de nouvelles perceptions, des désirs, des pulsions. Cela semble être un mélange de regrets qui font que l'enfant est à elle, mais pas entièrement. Il est aussi un autre être, une personne dont il faut se séparer quelque part dès la naissance pour le préparer à son autonomie.

    Quand au père, il semble encore trop pudique ou inhibé pour montrer ses sentations et ses émotions, bien qu'il  ait fait  beaucopup de progrès de fait depuis ces dernières années. Il est à espérer qu'il trouvera sa vraie place dans la naissance pour vivre sa paternité. Ayant accompagné des pères de nombreuses années, j'ai perçu l'amorce des émotions vite dissimulées derrière des yeux humides,  et le léger tressaillement du bonheur dans une caresse souvent vite arrêtée dans un monde de technique et de routine.

    Pour l'enfant, la naissance est aussi ce passage à une vie autre, autonome et à la recherche tout au long de son existence de repères très anciens : le souvenir de sensations déjà perçues dans la vie intra-utérine, puis à la naissance et dans la petit enfance, ce souvenir de l'infiniment petit et de l'intensément subtil.

LES SAGES-FEMMES, PASSEUSES DE VIE
ET TECHNICIENNES MÉDICALES

    Avec ce trio MERE/ENFANT/PERE, et son environnement, comment ne pas évoquer celles qui aident au passage de la vie, les sages-femmes,  "passeuses" du vivant, de l'énergie de la vie,  intermédiaires dans la lignée des générations, de mères à filles,  témoins de l'humanité.

    Certes, elles sont en France, des spécialistes médicales de l'obstétrique, dont la profession est régie par une loi, qu'elles soient sages-femmes libérales ou de famille, sages-femmes salariées du secteur public ou privé. L'idéal dans une société qui fait une telle loi et qui voudrait faire un vrai suivi global de la naissance serait de veiller à son application qui est faite actuellement d'un morcellement d'intervenants et d'actions dans la maternité. Cela créé pour chaque mère l'obligation d'avoir des relations nombreuses , morcelées, éclatées.

en Hollande

    Dans une enquête menée avec l'association SAGES-FEMMES DU MONDE, le pays qui détient le record du respect de l'intimité relationnelle autour de la naissance, c'est la Hollande. Cela n'est pas étonnant quand on sait combien les hollandais appréhendent la maternité comme un évênement de la vie familiale qui doit être vécu à la maison. Bien que comme le font remarquer des sages-femmes, cette tradition commence a être mise à mal par les parents qui, pour éviter le "dérangement d'un accouchement à domicile" recherchent  "le confort" trouvé dans les cliniques ou les hôpitaux pour l'accouchement.

Aux Etats Unis

    Une sage-femme américaine faisait remarquer que, "pour les Etats Unis, depuis la seconde moitié de ce siècle, trop souvent, la médecine pour la naissance devient de plus en plus technologique. De nombreuses médications jouent un rôle grandissant pour rendre la vie plus facile au personnel qui se permet d'oublier l'angoisse des femmes.
    Dans le cas du Jefferson Davis Hospital, une des conditions pour instaurer un programme de suivi humain est que les médecins et le personnel qui y travaillent reconnaissent qu'ils sont en train de traîter des personnes. De toute façon, la réforme des attitudes dans les maternités publiques américaines vers des procédés plus humains sera obligatoire car elle va de pair avec les intérêts économiques. Et il y a crise.". Il n'en demeure pas moins que les sages-femmes et les parents qui souhaitent une maternité non systématiquement médicalisé ont beaucoup de mal  à le vivre.

En France

Est-ce que la situation en France est différente de celle des Etats Unis ?
    On peut remarquer que dans les mentalités et par l'immense pouvoir des médias, la médicalisation de la société et de la vie (sous prétexte de sécurité) a favorisé le développement d'un concept du risque de naître et de vivre. La naissance, évênement de la vie à 100% et physiologique à 95% est devenue une maladie à 100%,  traîtée dans des institutions médicales, publiques et privées, avec des gestes techniques de médecins, spécialistes en pathologies médicales et chirurgicales.
   
Dans le théatre de la vie, c'est comme si le monde médical écrivait l'obstétrique de manière à être lui-même "la star" plutôt que de donner tout leur rôle aux parents.

    On voit alors comme aux Etats Unis :
- le suppression du rôle des sages-femmes spécialistes de la maternité physiologique et du dépistage de la pathologie obstétricale. Elles deviennent des infirmières obstétricales sous les ordres et la responsa-
bilité des médecins;
- un trop important recours à l'épisiotomie et au forceps;
- un emploi trop rapide et systématique de perfusion d'ocytociques pour accélerer l'accouchement;
- le déclenchement trop systématique de l'accouchement;
- l'augmentation du nombre de césariennes;
- l'obligation d'être couchée pour l'accouchement;
et le recours à une technologie envahissante qui fabrique une société à l'avenir schizophrène : l'analgésie péridurale dont le Docteur Silverman, gynécologue au Etats Unis disait :

    "Certains hôpitaux et cliniques la pratiquent à 98%... 4O minutes après la naissance beaucoup de femmes commencent leur dépression par dépersonnalisation . Elles n'ont pau eu l'impression de donner la vie..."
    Une sage-femme française faisait remarquer :"aider une femme porteuse de promesse de vie à passer à l'état de mère portant un bébé réellement vivant dans ses bras est bien souvent plus qu'une compétence, mais c'est bien un art... pour amener tout doucement l'autre à toucher l'infinie délicatesse de la naissance là où tout n'est apparemment que violence et douleur... C'est bien d'une obstétrique essentielle dont il est question... Dans l'accouchement périduralisé, ce n'est pas cela qui se joue. La femme n'est plus dans les contraires de la vie mais dans les contraintes de la vie. Les sentiments qui s'expriment ne sont plus extraordinaires mais raisonnables et raisonnés. Le temps perd son sens. Dans l'accouchement physiologique, chaque contraction, chaque poussée fait partie d'un temps porteur de sens. Cette lente construction aboutit au moment précis de la naissance, et au sens profond que prendra la rencontre entre cette femme-là et ce bébé-là. Le temps de l'accouchement périduralisé est différent... Les bébés qui naissent de la péridurale me semblent venir davantage de la tête que de ce qui s'établit pour les autres naissances entre le corps et la tête, c'est-à-dire l'émotion..."

   
Il n'est pas question, sous prétexte de naturel,    de refuser une seule médication qui serait indispensable au bon déroulement de l'enfantement. Il est question de ne pas s'en servir à priori et systématiquement  si cela n'est pas nécessaire. Il faut laisser la mère LIBRE DE VIVRE en l'accompagnant "subtilement et attentivement"

    Si on analyse maintenant le comportement collectif des refus de grossesse dans une société (ce qui fait parler de dénatalité), n'est-ce pas, entre autres choses, cette standardisation, cette banalisation
des naissances, cette dépossession d'un évênement intime, ce non-respect qui font que l'on n'a pas envie de fairedes enfants ? Et toutes les incitations financières ne remplaceront pas la nécessaire relation

dans le monde

En 1986 à Paris lors d'une rencontre internationale de sages-femmes, le constat suivant était fait :
- il naît dans le monde 1 million d'enfants tous les 4 à 5 jours
- 9 sur 10 de ces enfants naissent dans le Tiers Monde ou famile, malnutrition, analphabétisme, catastrophes naturelles, guerres, tourisme sexuel, etc... les guettent
    Or dans ce monde appelé Tiers Monde où l'eau, la nourriture et le minimum matériel manquent, très souvent le contact humain, l'empathie, la solidarité sont préservés pour la naissance et l'allaitement de l'enfant. Des sages-femmes d'Afrique, de Mauritanie, du Vietnam faisaient remarquer comment les traditions  d'accueil et de solidarité en place permettent de supporter tout ce qui manque, même il est légitime d'espérer le développement et la sauvegarde de la vie des mères.
       Les recommandations faites à la rencontre internationale des sages-femmes à Paris recoupent celles faites par l'Organisation Mondiale de la Santé à Fortaleza au Brésil :
    "Toute femme a le droit fondamental de bénéficier de soins prénatals adéquats, toute femme a un rôle essentiel a jouer dans tout ce qui concerne ses soins... en participant notamment à leur planification, leurs prestations, leur évaluation. Il faut absolument tenir compte des facteurs sociaux, affectifs et psychologiques si l'on veut concevoir et dispenser des soins prénatals appropriés..."

    Pour cela, les nations dites développées devraient revenir à un plus grand réaliste dans l'accompagnement de la maternité en partageant leurs savoirs et leurs richesses, non seulement pour des raisons économiques et de migrations mais pour ne pas perdre leur âme.

LES NOUVEAUX ENJEUX POUR L'ACCOMPAGNEMENT DES NAISSANCES

voir la page SUIVI GLOBAL DE LA MATERNITE (2) les nouvelles relations















27/03/2007
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